Fédération des Associations pour le Don d'Organes et de Tissus humains

Derrière chaque greffe il y a une histoire humaine

Publié le : 20-05-2026

Un rein greffé à la place de la rate

En quelques années 3 greffes de rein ont marqué sa vie. Marie Noëlle nous raconte, sans amertume, son parcours chaotique. Un message d’espoir pour ceux qui attendent, une grande gratitude aux donneurs et à leurs proches

Le témoignage de Marie-Noëlle

Je me prénomme Marie-Noëlle, j’ai bientôt 50 ans. Maman solo depuis que mon fils a 1 an et demi, il va en faire 27. Depuis 15 ans, je travaille de nuit auprès de personnes en situation de handicap psy.

Maladie chronique rénale découverte à l’âge de 4 ans, j’ai subi une opération des valves urinaires en urgence mais les dégâts étaient déjà importants. Des traitements médicaux lourds ont permis de maintenir mes reins naturels jusqu’à mes 34 ans. Puis quand j’ai appris qu’ils ne fonctionnaient plus suffisamment, est venu le moment de parler de dialyse. Impensable pour moi d’imaginer, sans que les larmes viennent, d’être reliée à une machine pour continuer à vivre, à élever mon fils, à travailler. Mais comment faire autrement ? En 2009, la néphrologue m’a inscrite sur la liste des demandeurs d’organes. S’en est suivi la pose d’une fistule, opération compliquée. Les mois passèrent et mes reins s’étaient pratiquement arrêtés. La dialyse se faisait de plus en plus proche, avec une date prévue pour février 2010.

Et là, début janvier, la surprise !!! Un appel …

Un greffon compatible ? Quel bonheur !

La greffe a été remplie d’espoir. Je pensais que tout allait enfin redevenir normal. Pendant 6 ans, j’ai découvert ce que voulait dire : vivre normalement, faire des projets, respirer un peu. Puis un jour, les résultats ont commencé à se dégrader. Entendre que le rein ne tenait plus a été un immense choc. J’avais l’impression de retomber dans un tunnel dont je venais à peine de sortir.

La deuxième greffe en juillet 2019 a été différente. J’étais plus consciente de la fragilité des choses. J’avais appris que rien n’était acquis. Malgré la peur, j’ai gardé espoir. Mais cette greffe n’a malheureusement pas été celle escomptée, je l’avais senti au réveil. Après plusieurs jours d’attente, une biopsie, le verdict tomba. Le greffon n’était pas bon. Retour à la case départ. Moralement, ce fut très dur. Il y a des jours où je me demandais combien de fois il fallait recommencer pour avoir enfin le droit à une vie stable. Une transplantectomie en octobre 2019 a été nécessaire car le greffon s’était infecté. Des mois de douleurs, des anticorps se sont développés… la galère !! L’Espoir d’une nouvelle greffe s’éloignait.

Une 3ème greffe

Puis un nouveau Miracle est arrivé, la troisième greffe en novembre 2021. Celle que j’attendais avec autant d’espoir que de peur. J’étais épuisée physiquement, mais surtout émotionnellement, car j’avais décidé, malgré les dialyses, de continuer à exercer mon métier de nuit – mais à temps partiel – pour que ma vie ne tourne pas qu’autour de ma santé. Pourtant, au fond de moi, une petite voix refusait d’abandonner. Quand je me suis réveillée après l’opération, j’ai ressenti quelque chose de difficile à expliquer : de la gratitude, du soulagement, et la sensation d’avoir encore une chance de continuer.

Un trésor fragile

Aujourd’hui, je vis avec cette troisième greffe comme avec un trésor fragile. Je connais la valeur d’une journée “normale”, d’un repas en famille, d’une promenade sans douleur, d’un simple moment de paix. Au fil des années, j’ai connu la fatigue, les hospitalisations, la dialyse, les attentes interminables… Ces épreuves m’ont appris la patience, la force et l’importance de ne jamais perdre totalement espoir, même dans les périodes les plus sombres. J’ai appris que je n’avais qu’1 % de chance d’être regreffée. Comme quoi, comme j’ai dit à mon urologue, tant qu’il y a de la Vie y a de l’Espoir.

Derrière chaque greffe, il y a une histoire humaine : des médecins, des infirmiers, des proches qui soutiennent sans relâche, et surtout des donneurs et des familles qui, dans un moment de douleur immense, choisissent de donner la vie à quelqu’un d’autre. 

Trois greffes de rein ont marqué ma vie à jamais. Elles m’ont brisée parfois, mais elles m’ont aussi appris à apprécier profondément le simple fait d’être en vie.

Une pensée particulière à tous ceux en attente, gardez Espoir, et surtout une immense gratitude aux donneurs et leur famille sans qui rien ne serait possible.

Marie-Noëlle
Mai 2026